En préparation de l’édition 2022 de CHRONIQUES, Biennale des Imaginaires Numériques, SECONDE NATURE et ZINC renouvellent leur soutien à la production et à la diffusion d’oeuvres originales par l’activité de la plateforme de production.

La plateforme CHRONIQUES PRODUCTION regroupe des opérateur·rices des divers champs de la culture (art visuel, spectacle vivant, musique, audiovisuel, réalité virtuelle…) qui s’engagent dans l’accompagnement d’artistes ayant recours et questionnant les nouvelles technologies numériques. Cet engagement et ce travail collectif permettent une certaine agilité dans l’accompagnement des œuvres pour lesquelles nous réfléchissons à l’écosystème des projets avec un plan de diffusion soutenable par les lieux partenaires.

la NUIT

Tout comme la lévitation ou la quête de l’éternité que nous avons traitées en 2018 et 2020, la nuit nous relie au rêve, à l’imaginaire et possède un pouvoir de transformation en jetant un regard nouveau sur les choses, les êtres. Ces notions à la fois spatiales et temporelles proposent un temps d’immobilisation et en cela possède une dimension subversive, politique. La nuit comme un possible espace d’hétérotopie clôturera la trilogie. 

La nuit permet de se détacher de l’hégémonie de la vision et libère les autres sens. De nos perceptions altérées surgissent alors les ombres de l’animalité, de l’invisible, du magique. « Quand l’obscur prive les voyants de la vision, la vision des voyants s’inaugure » nous dit Jean de Loisy.

C’est également l’espace de nos rêves et de nos cauchemars, mais aussi des métamorphoses de soi, de la transformation de nos corps, de nos identités et de la manière dont nous allons agir. 

De cette puissance créatrice, la nuit a toujours été perçue comme un espace à contrôler. On se méfie de ce que la nuit permet, car l’obscurité est féconde. La nuit est toujours un commencement et non une fin, une transition vers un nouvel horizon ou un nouveau jour. 

L’apparition des lumières dans les villes a été un premier jalon pour contrôler les individus. Petit à petit, l’espace de la nuit, notamment de la nuit urbaine, est envahi par les activités du jour, opposant la ville qui dort à celle qui travaille, la ville qui erre à celle qui festoie.  Le titre du film de Guy Debord « In girum imus nocte ecce et consumimur igni » « Nous tournons en rond dans la nuit et nous sommes dévorés par le feu », dénonce l’invasion de la lumière standard dans nos espaces, métaphore de notre société de consommation et d’aliénation.

En somme, c’est un espace ambivalent qui tantôt montre sa part éclairée, tantôt sa part d’ombre. 

Cette opposition, entre espace de transgression et d’aliénation pousse certain·es à affirmer « qu’il faut sauver la nuit » essai de Samuel Challéat, évoquant les lumières de la ville qui auraient tué la magie de la nuit, créant un voile entre les hommes et les étoiles. Le noir de la nuit existe-t-il encore face à ces ciels nocturnes tour à tour jaunis de pollution et rougis du feu des usines ? Ce voile ne devient-il pas une barrière à nos introspections solitaires ? Pouvons-nous plonger encore dans nos rêveries métaphysiques ?

Le temps en continu de l’économie et des réseaux, des ordinateurs et des algorithmes colonise peu à peu les rythmes de nos vies et n’offre plus d’espaces de repos et de liberté. La technologie s’immisce-t-elle jusque dans nos rêves ? Nos nuits intérieures sont-elles préservées de la technologie alors qu’elle prolonge nos corps au quotidien ? 

Ces espaces d’hétéropies, d’utopies concrètes sont peut être les dernières frontières à explorer. Finalement, le goût de la nuit est aussi un goût des autres, de l’Autre, de la rencontre et de l’inconnu. Territoire à préserver, nous verrons si la nuit peut éclairer une autre façon d’être au monde. 

INVITé·E D’HONNEUR

Après le Québec en 2018 et Taïwan en 2020, nous mettrons à l’honneur la Fédération Wallonie-Bruxelles pour notre édition 2022 avec nos partenaires du Centre Wallonie-Bruxelles Paris et d’autres structures culturelles locales.

Zoryas – Claire Williams © Pierre Gondard

Co-producteurs